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Les orthèses et prothèses tournent autour des dispositifs médicaux sur mesure : chaque orthèse ou prothèse est unique, conçue pour un patient précis et réglementée comme dispositif personnalisé selon des règles médicales strictes. Cette singularité exige une évaluation clinique approfondie, une compréhension biomécanique et des outils de conception respectant la complexité du corps humain, plutôt que de le traiter comme une simple pièce mécanique.
Comme l’explique l’orthoprothésiste Marc Souply, la numérisation, la conception assistée par ordinateur (CAO/FAO) et l’impression 3D n’ont de valeur que si elles permettent aux professionnels de passer plus de temps avec les patients, d’améliorer le confort et la fonctionnalité, et de s’intégrer à des modèles économiques réalistes pour les soins remboursés.
Des systèmes propriétaires traditionnels aux plateformes flexibles prêtes pour la fabrication additive, le logiciel O&P est désormais au cœur à la fois de la pratique clinique et de la gestion des ateliers.
Les premiers systèmes CAO/FAO O&P sont apparus pour répondre à des problèmes très pratiques, tels que la difficulté et les risques liés à la manipulation de grands moules en plâtre pour les orthèses rigides du dos.
Des entreprises comme Vorum/Canfit, Orten et Rodin ont introduit des logiciels paramétriques permettant aux praticiens de partir de formes standard, d’entrer des mesures et de déformer des maillages comme s’ils sculpinaient du plâtre, mais dans un environnement plus propre, plus léger et plus reproductible.
Ces outils étaient reliés à des machines de fraisage CNC qui taillaient des modèles en mousse, réduisant la fatigue physique des techniciens et facilitant la documentation et la reproduction des conceptions réussies pour de futurs patients. Cela a marqué une première étape vers des chaînes de production industrialisées dans une profession historiquement artisanale.
Malgré de nombreuses tentatives, seules trois ou quatre plateformes ont réellement connu une adoption généralisée, principalement parce qu’elles offraient des flux de travail intuitifs de manipulation et de rectification de maillage, adaptés à la logique clinique plutôt qu’à des fonctions de CAO généralistes.
La rectification, le processus consistant à ajuster l’anatomie numérisée pour obtenir des zones de décharge, des points de contrôle et un bon alignement, est au cœur de la conception O&P, et les outils de CAO mécanique classique étaient mal adaptés à ce type de modélisation organique.
Ces plateformes étaient souvent proposées sous forme d’écosystèmes fermés, avec des formats propriétaires, des abonnements et une interopérabilité limitée, ce qui créait de la frustration lorsque les cliniques cherchaient à les connecter à des scanners, des logiciels de gestion, ou à des partenaires de fabrication externes.
Beaucoup de praticiens ont donc commencé à rechercher des solutions plus ouvertes et plus flexibles, capables de s’intégrer à des outils de planification, de facturation, de gestion des stocks et de documentation clinique.
Les logiciels O&P modernes sont plus modulaires : certains se concentrent sur des familles de dispositifs ou des flux de travail spécifiques, tandis que d’autres privilégient l’automatisation ou l’indépendance vis‑à‑vis des écosystèmes fournisseurs.
Vytruve est une plateforme de productivité dédiée à l’O&P, offrant un flux complet de numérisation – rectification – alignement – impression, particulièrement performant pour les emboîtures prothétiques de membre inférieur.
Forces :
Outils d’alignement avec une base de données de plus de 150 pieds prothétiques et de multiples genoux provenant de marques telles que Össur, Ottobock et Blatchford, pré‑alignés selon les données des fournisseurs.
Fonctionnalité de comparaison de scans permettant de suivre les variations de volume du moignon en centimètres ou en pourcentage, facilitant le choix du manchon et le suivi post‑opératoire.
Conçu pour la fabrication additive d’emboîtures d’essai et définitives, supprimant l’usage du plâtre et favorisant une production cohérente basée sur des filaments.
Limites :
Principalement axé sur les emboîtures prothétiques, il offre donc une couverture limitée pour les dispositifs orthétiques complexes ou rachidiens.
Les meilleurs résultats dépendent de scanners spécifiques et de protocoles bien définis, ce qui peut nécessiter une formation et un investissement matériel.
Canfit, désormais intégré au portefeuille numérique de Qwadra, est l’une des plateformes de rectification les plus anciennes, exclusivement dédiée à l’O&P. Elle couvre un large éventail de dispositifs, des casques crâniens aux AFO (orthèses cheville‑pied) et emboîtures, intégrant plus de 30 ans de retours d’expérience de praticiens dans une interface utilisateur robuste.
Forces :
Conçu spécifiquement pour l’orthèse et la prothèse, avec des outils permettant de rectifier cliniquement les scans et mesures, et de concevoir entièrement des dispositifs sur mesure.
Compatible avec de nombreux scanners et flux de travail FAO, permettant aux cliniques de l’intégrer à leurs équipements de fraisage ou d’impression existants.
Soutenu par l’écosystème élargi de Qwadra, qui propose des applications de numérisation, des technologies de mousse et de la formation pour accompagner une numérisation de la tête aux pieds.
Limites :
L’écosystème propriétaire et les licences nécessitent une planification budgétaire soignée dans le cadre de calendriers de remboursement fixes.
Les fonctionnalités avancées, comme les outils de symétrie crânienne et l’automatisation de l’avant‑pied pour les AFO, exigent du temps et de la formation avant que les équipes puissent pleinement les exploiter.
Spentys est une plateforme cloud qui accélère la conception et la fabrication d’orthèses imprimées en 3D via un flux guidé numérisation – modélisation – impression. Elle cible à la fois les services d’urgence hospitaliers et les techniciens orthopédiques, en privilégiant rapidité et documentation.
Forces :
Processus en trois étapes Scan → Modélisation → Impression qui remplace le moulage en plâtre et transforme des heures de modélisation en quelques minutes grâce à l’automatisation et la génération de fichiers STL.
Points de contrôle qualité intégrés, outils d’étiquetage et d’export qui garantissent une production homogène et réduisent les erreurs manuelles.
Permet aux cliniques de doubler la productivité des techniciens (par exemple, passer de 16 à 32 moules par jour) tout en produisant rapidement des orthèses confortables.
Limites :
L’automatisation et la conception basée sur des modèles offrent moins de contrôle artistique fin que les outils de sculpture organique pour les anatomies très atypiques.
Forte spécialisation sur les orthèses ; les flux de travail prothétiques complets peuvent nécessiter des logiciels complémentaires ou des partenaires externes.
NiaFit, au sein de l’écosystème PrintAbility de Nia Technologies, adopte une approche CAO non destructive et non linéaire qui reflète le raisonnement traditionnel en O&P plutôt que la logique CAO générique. Elle permet aux cliniciens de revenir sur leurs décisions et de modifier les formes sans casser le flux de travail, s’alignant sur la façon dont beaucoup de praticiens pensent déjà.
Forces :
La rectification et modification itératives facilitent l’usage pédagogique et les ajustements cliniques quotidiens, réduisant la crainte de faire des erreurs irréversibles.
Développé spécifiquement pour les dispositifs O&P, les outils, modèles et langage correspondent à de vraies tâches cliniques plutôt qu’au jargon de l’ingénierie mécanique.
Intégré dans un cadre de mise en œuvre plus large avec formation et conception de processus, aidant les cliniques à construire des chaînes d’outils numériques complètes.
Limites :
Base installée et écosystème plus restreints que les plateformes établies de longue date, ce qui peut limiter le support entre pairs et les options d’intégration.
Meilleur résultat au sein de son écosystème natif ; l’utilisation autonome peut nécessiter un développement supplémentaire ou un support informatique pour se connecter à d’autres systèmes.
Geomagic Freeform est un environnement de sculpture 3D organique alimenté par un bras haptique, permettant aux utilisateurs de ressentir la surface pendant leur travail, comme pour une modélisation d’argile numérique. Ce retour tactile est particulièrement précieux pour les orthoprothésistes habitués à modifier manuellement des modèles en plâtre, car il préserve leur intuition des zones de pression, de décharge et de contours.
Freeform est largement utilisé pour des applications médicales sur mesure : coques prothétiques et orthétiques, guides chirurgicaux, implants crâniens, pièces dentaires, et même accessoires cinématographiques, en faisant un outil polyvalent au-delà des CAO O&P traditionnels.
Contrairement à de nombreuses plateformes O&P verticales, Freeform n’est pas lié à des scanners propriétaires ou à des écosystèmes d’abonnement ; les utilisateurs peuvent importer des maillages de diverses sources, sculpter librement et exporter des fichiers pour fraisage ou impression 3D.
Pour les praticiens, cette indépendance permet d’adapter les flux de travail, de développer leurs propres modèles et de collaborer avec des partenaires industriels comme Sculpteo, sans être verrouillés à la feuille de route d’un seul fournisseur.
Le compromis est que Freeform est puissant mais exigeant : il requiert un artisanat numérique, une familiarité avec la topologie des maillages, et une intégration réfléchie dans les processus cliniques et réglementaires pour garantir que les conceptions restent sûres et traçables.
Il est puissant, mais nécessite de l’expertise ; la numérisation doit rester un outil au service des praticiens, favorisant de meilleurs résultats patients plutôt que de remplacer le jugement clinique.
Chaque dispositif étant un dispositif médical sur mesure réglementé, une rectification défectueuse ou des décisions CAO inappropriées peut entraîner inconfort, complications ou non‑conformité. Le logiciel doit donc supporter des déformations anatomiques sécurisées, des modèles validés, la gestion de versions et une documentation prête pour audit prouvant les raisons des choix de conception.
Lors de l’usage de la fabrication additive, les choix de conception interagissent avec les matériaux : PA11, PA12 et TPU présentent des profils distincts de rigidité, flexibilité, résistance à la fatigue et biocompatibilité. L’orientation des couches, l’épaisseur locale, les structures treillis et le post‑traitement influencent le comportement final de l’orthèse ou prothèse sur sa durée de vie réglementaire.
La pression sur les remboursements, les structures tarifaires figées et les contraintes économiques implique que la transformation numérique doit améliorer les efficacités opérationnelles, réduire la paperasse manuelle et soutenir des remboursements prévisibles.
Marc Souply argue qu’il est rarement pertinent que chaque orthoprothésiste achète et entretienne des imprimantes 3D industrielles, car la fabrication additive de grade médical nécessite du personnel formé, des installations contrôlées et une gestion stricte des matériaux.
À la place, des partenaires centralisés comme Sculpteo offrent un accès aux technologies HP Multi Jet Fusion et autres, avec des flux de travail matériels validés, garantissant des pièces reproductibles et conformes.
Ce modèle collaboratif permet aux cliniques de bénéficier de la fabrication additive avancée tout en se concentrant sur leur cœur de métier : évaluation clinique, rectification, ajustement et accompagnement des patients, plutôt que sur l’entretien des machines et la validation des processus.
Les logiciels O&P sont devenus un pilier des orthèses et prothèses modernes, reliant l’expertise humaine à des outils numériques puissants pour créer des dispositifs sur mesure plus sûrs, confortables et durables.
Que les cliniciens optent pour des plateformes comme Canfit, Vytruve, Spentys, NiaFit ou la liberté sculpturale de Geomagic Freeform, le succès repose désormais sur la combinaison d’un logiciel robuste, d’un jugement clinique solide et de partenaires manufacturiers fiables.
Avec des matériaux de grade industriel, des flux de travail additifs validés et une expérience soutenant les orthoprothésistes dans le monde entier, Sculpteo aide à transformer des modèles numériques bien conçus en dispositifs durables qui font une différence dans la vie quotidienne des patients.
Modélisation précise, décisions traçables, modèles validés, déformation anatomique sécurisée et flux de documentation sécurisé.
Les logiciels O&P désignent les outils numériques utilisés en orthopédie et en prothèse, incluant la numérisation 3D, la rectification, la modélisation CAO et les systèmes de gestion de cabinet, qui permettent la conception de dispositifs médicaux sur mesure.
Après la rectification, le modèle numérique est exporté vers des technologies d’usinage ou d’impression 3D, en utilisant généralement des matériaux comme le PA11, le PA12 ou le TPU, offrant des résultats solides, légers et reproductibles pour des dispositifs personnalisés.
Les logiciels de CAO généralistes permettent de modéliser des géométries, mais les logiciels O&P spécialisés intègrent une logique clinique, des modèles anatomiques et des outils de rectification, ce qui les rend beaucoup plus efficaces et plus sûrs pour la conception de dispositifs médicaux.
Pas nécessairement. De nombreux praticiens préfèrent collaborer avec des services industriels comme Sculpteo, qui offrent des procédés certifiés, une expertise matériaux et une production évolutive sans investissement lourd en capital.
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